[Débats] Quels sont les défis pour refonder le numérique ?

#1

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Merci de vous embarquer au sein de #reset ! La route est longue et ambitieuse, et toutes les contributions sont plus que bienvenues.

« RESET – quel numérique voulons-nous? » est un projet sur lequel nous travaillons à la Fing depuis l’été 2018. Nous avons rédigé une première version des fiches défis (travail qui est loin d’être exhaustif, que ce soit pour la liste des défis mais aussi le contenu des fiches) et mis en ligne un formulaire pour avoir quelques contributions avant le lancement officiel. Les questions portaient sur les défis (sur quels sujets le numérique a-t-il besoin d’un RESET, d’une remise à zéro, d’une réorientation profonde ? Qu’est-ce qui ne peut plus durer ?), sur des visions (quelles directions devrions-nous explorer pour résoudre ces défis?) et sur les initiatives existantes (projets, réseaux, actions, … qui proposent des voies différentes). Un atelier en région PACA nous avait également permis d’obtenir des contributions complémentaires.

Parmi les réponses reçues, beaucoup de défis concernaient l’ écologie :

  • la grosse consommation d’énergie et de matière première rare de l’industrie numérique à une époque de saccage de la biodiversité et du réchauffement climatique ;
  • le renouvellement accéléré des technologies et l’incapacité à penser des processus de recyclage effectif et efficace du matériel ;
  • les conditions de la complémentarité ou non des transitions numériques et écologiques, pour arriver à un numérique écologiquement durable (équipements, réseaux, comportement de l’usager…).

D’autres concernaient l’ inclusion :

  • aider les aidants numériques contrer l’exclusion numérique et les inégalités d’accès (infrastructures, compétences techniques et pédagogiques adaptées aux différents âges, fiches repères et kits d’intervention …) ;
  • les interfaces numériques trop complexes pour les usagers en situation de fragilité ou peu à l’aise avec les nouvelles technologies ;
  • le peu d’accompagnement public pour l’accès à Internet pour ceux qui en sont encore exclus (comme les parents ou grands-parents au-delà d’un certains âge).

Ou encore le lien entre pouvoir des GAFA et politiques publiques :

  • la centralisation de certains acteurs tels que les GAFAM et leur monopole d’usage est un risque majeur pour un déploiement démocratique des réseaux de partage de données. Leur fonctionnement est volontairement opaque et la richesse qu’ils captent est défalquée de celles que tous les autres acteurs indépendants et non monopolistiques (presse, blogue, encyclopédies, boites mail indépendantes…) devraient obtenir ;
  • le numérique associé à l’économie servicielle centrée utilisateur vient se substituer aux politiques publiques dont la capacité à agir est affaiblie par les rigueurs économiques ; passage de service public aux services aux publics avec un gros risque d’inégalités dans l’accès aux services de qualité pour tous sur des sujets participant à la vie de la cité : santé, mobilité, qualité de l’air, logement, éducation… ;
  • la prépondérance des opérateurs privés sur la valeur de notre patrimoine culturel international.

Mais aussi :

  • la concentration/l’attention : le numérique promettait d’alléger l’esprit humaine, de libérer notre faculté d’attention, notre charge mentale, en automatisant des tâches rébarbatives, en se chargeant de « mémoriser » à notre place, et réalisant automatiquement des actions. C’est tout le contraire qui se produit : le numérique nous met en état permanent d’alerte et de surcharge cognitive. Notifications, opportunités, divertissements, neuro-marketing, réseaux sociaux, information ubiquitaire : notre esprit est saturé par les sollicitations numériques ;
  • la place des algorithmes : la fabrication des algorithmes ne cherche qu’à rentabiliser les données récoltées ; il faut organiser un moratoire pour s’assurer que chaque algorithme possède un intérêt pour le bien commun ;
  • la neutralité du Net : toujours en danger, sachant que les États-Unis y ont mis fin.

…Mais la liste est encore longue. Aidez nous à l’enrichir.

Sur quels sujets le numérique a-t-il besoin d’un RESET, d’une remise à zéro, d’une réorientation profonde ? Qu’est-ce qui ne peut plus durer ?

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#2

Bonjour,

Il peut être opportun d’ajouter au débat la place qu’occupe aujourd’hui le numérique dans le travail. En effet, il peut être source de progrès, avec l’automatisation de certaines tâches répétitives par exemple, mais il peut être également source de risques psycho-sociaux par un contrôle fort de l’employeur ou une trop grande porosité entre vie personne et professionnelle ne laissant que peu de déconnexion.

Très bonne journée,

Bien cordialement,

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#3

Totalement en phase avec votre point Pauline. Le numérique confère à l’employeur un pouvoir de contrôle et de répression considérables qui peut nuire fortement au respect de la vie privée des salariés. Or, le droit social n’a pas encore eu le temps de répondre à cette nouvelle problématique.

#4

Quelques suggestions de sujets à creuser :

  1. La question de l’anonymat lors des débats à caractère politique sur les réseaux sociaux. Comment concilier liberté d’expression et préservation du “vivre ensemble” ?
  2. L’éducation numérique : comment initier nos enfants au numérique sans nuire à leur équilibre et leur développement ? Quoi montrer à quel âge ?
  3. Cybersurveillance et respect de la vie privée (au travail mais également à tout instant de notre vie, où que nous nous trouvions nous laissons une trace numérique). 4) La société de l’évaluation permanente : comment retrouver de la sérénité, protéger le principe fondamental d’égalité et éviter une dérive sectaire dans une société où tout le monde évaluent tout le monde en permanence
  4. Comment lutter contre les fake news qui prolifèrent du fait des algorithmes et sont de plus en plus difficilement décelables du fait de leur niveau de sophistication ? Quelles règles imposer aux GAFAM ?
  5. Le futur du travail : comment éviter qu’une majorité de petits travailleurs précaires sous-payés ne pouvant effectuer les tâches prises en charge par l’AI soient au service d’une minorité de puissants/riches ? Comment garantir à chacun un métier décent qui offre des perspectives d’évolution et non de simple survie
  6. Comment lutter contre les addictions numériques, le “fear of missing out”, etc ?

En synthèse, de nombreuses questions liées à 1) la cohésion sociale, 2) la préservation d’une capacité à accéder au bonheur et 3) la préservation des droits fondamentaux tels que le respect de la vie privée

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#5

Merci pour cette contribution ! Sur le sujet travail/emploi, nous avons pensé aux travailleurs des plateformes (avec le défi “Partager de façon plus équitable la valeur produite sur les plateformes”), aux travailleurs au sens large (avec le défi “Garantir une protection sociale pour tous les travailleurs, quelque soit leur statut”) et aux nouveaux collectifs de travail (avec le défi " Donner un statut à des collectifs de travail hors des formes classiques de l’emploi salarié"). Mais en effet, la promesse du numérique dans le travail, qui devrait permettre d’améliorer les conditions de travail, est loin d’être tenue pour le moment !

#6

Personnellement, c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup. La notion de performance est apparue dans tous les actes de la vie (des “supers” mamans qui doivent réussir sur tous les plans et le montrent sur les réseaux sociaux ; les sportifs qui font un marathon toutes les semaines, puis tous les jours, ou sur tous les continents en 1 semaine ; la course aux retweetes ou aux likes ; ceux qui comptent leurs calories ou les grammes de sucre consommés par jour, …). Les chiffres sont partout et au-delà du l’évaluation permanente par tous, il y a également la dérive possible de l’auto-contrôle.

#7

Le premier défi à résoudre me semble-t-il est de sortir nos décideurs, politiques, acteurs, entrepreneurs, chercheurs mais aussi salariés, syndicalistes, présidents d’associations ou encore cadres de nos institutions (dont les CCI mais aussi les directeurs d’établissements scolaires par exemple) de l’illétrisme technologique généralisé dans lequel ils sont et qui empêchent 1/de comprendre l’environnement qui est le nôtre 2/de prendre des décisions éclairées et si besoin de s’opposer 3/de pouvoir redevenir des forces négociantes (y compris face aux acteurs de la “startup nation” ou des gafa 4/redevenir des acteurs en capacité de penser et de “fabriquer demain”

Même si le sujet de l’inclusion est intéressant, c’est l’arbre qui cache la forêt ! Les personnes aujourd’hui en capacité théorique de décider pour les années à venir et de mettre sur les rails (ou de refuser) des projets structurants sont incompétents pour comprendre les enjeux, négocier et prendre des décisions éclairées … Le monde part donc de travers par inculture généralisée.

Quelques exemples aberrants ?

  • comment nos élus locaux - de tous bords ! - ont-ils à ce point pu accepter l’implantation de parc-mètres Parkeon sans construire une alternative permettant aux citoyens de continuer à naviguer dans leur ville tout en pouvant protéger leurs déplacements sensibles (médecin, culte, syndicats, …) sans devoir devenir hors la loi comme actuellement (seule solution est de ne pas payer le parc-mètre -vivant en vendée, ne pas prendre la voiture n’est pas une option !-). Lorsqu’on en discute avec eux, ils n’ont pas pris la décision ! Ils ne voient pas le problème … et surtout pensent impossible d’éviter la situation car pour eux ces machines sont des totems techno-magiques et ils ne savent pas comment négocier une adaptation du service respectueuse de la vie privée de leurs citoyens !

  • quand nos enseignants ont-ils décidé massivement de devenir complices d’une éducation à la transparence des données de tous nos adolescents en acceptant d’utiliser en l’état Pronote et sans demander d’urgence une adaptation légère du service permettant à l’enfant de rester responsable de la diffusion de sa note (et propriétaire de sa donnée ou de sa diffusion) ? --> là aussi ils n’ont pas décidé car “ils n’ont pas pensé la question sous cette angle” (réponse de tous ceux avec qui j’en échange…). Ce n’est pas une décision éclairée et un choix politique mais juste un nouvel outil accepté …

Il est urgent de faire prendre conscience à tous à quel point le numérique politique et que nous devons pouvoir penser des alternatives. Le pré-requis est de comprendre l’architecture numérique, ces acteurs, ses langages (à la grande maille), ce qu’est une donnée, un algo, une base de donnée, … et de sortir d’une vision techno-magique qui induit la naissance d’une nouvelle forme de clergé qui accepte de nous dessiner le monde (avec des belles interfaces) pour qu’on puisse le comprendre mais garde le pouvoir de vraiment lire et écrire les textes fondateurs et d’identifier en profondeur les choix qu’il est possible de faire.

Il est temps de redonner aux décideurs actuels le pouvoir de choisir et de décider. Impossible tant qu’ils resteront aussi ignorants du monde.

A dispo pour en échanger.

Ps : pour revenir à la question de la médiation, l’appel à projet “hub france connectée” comment son texte sur l’idée de permettre aux citoyens de devenir consommateurs (!!! tout est dit) des services publics et privés du numérique. J’ai cru m’étouffer en lisant cette phrase … Il est urgent d’arrêter de penser qu’il n’y aurait que les classes sociales défavorisées ou les personnes en difficulté à former au numérique … vraiment!

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#8

“…Mais le pire des fléaux, c’est d’attendre des techniques qu’elles puissent résoudre des problèmes d’organisation et de ne pas comprendre les retombées stratégiques et politiques de leurs applications…”

Le vertige technologique masque un deficit majeur dinnovation organisationnelle

http://blogs.lesechos.fr/intelligence-economique/le-vertige-technologique-masque-un-deficit-majeur-d-innovation-a14863.html?MiT3sEDu7E5GwSOm.99